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José Pardo-Tomás

Conférences
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José Pardo Tomás, Consejo Superior de Investigaciones Científicas (CSIC), Institución Milà i Fontanals, Barcelone.

Conférences

Faire de l’histoire naturelle au Mexique au XVIe siècle : pratiques, modèles et hybridations

Dans le cadre du séminaire d’Antonella Romano, Rafael Mandressi et Jean-Marc Besse, Savoirs et productions du monde au XVIe siècle : Lieux, acteurs, échelles

Que signifiait la pratique de l’histoire naturelle au Mexique pendant les soixante ou soixante-dix premières années de la colonisation ? Par quels canaux, par quels auteurs et dans quels styles se pratiquait-elle ? Pour répondre à ces questions il faut considérer un large éventail de sources historiques, non seulement des textes mais aussi des images et même des objets, dans la mesure où on peut les relier à ces pratiques. Cette stratégie permet, d’une part, d’aller au-delà de l’écrit, traditionnellement soumis à certaines techniques descriptives et taxonomiques, appliquées à chaque spécimen des trois règnes de la nature qui était observé, collecté ou sélectionné par l’auteur. D’autre part, cela permet aussi de moins mettre l’accent sur l’Historia natural de la Nueva España de Francisco Hernández, composée entre 1570 et 1577. L’œuvre d’Hernández semble avoir enfin attiré l’attention d’une historiographie qui a problématisé le récit de l’histoire des sciences dans une perspective radicalement euro-centrique. Cette attention a occulté une grande partie du tableau de ce qu’on voudrait présenter. On se propose ainsi de localiser et de classer des pistes et de la documentation qui aidera à comprendre les formes de pratiquer l’histoire naturelle au Mexique : décrire, peindre, collecter, cultiver, échanger.

  • Mercredi 1er avril 2015, 17h-19h, EHESS, bât. France, salle 2 (rdc), 190-198 av. de France, 75013 Paris

Le Dioscoride de Andrés Laguna (1555) : vision des mondes ibériques et production du savoir naturaliste

Séminaire du Centre Alexandre-Koyré, en collaboration avec l’axe « Américanisation et américanisé : dynamiques spatio-temporelles et enjeux multiculturels », de l’UMR 8168 Mondes Américains.[avec Elisa Andretta (iEH2 Unige, Genève)]

En 1555, le médecin Andrés Laguna (1499-1559) publie à Anvers une traduction espagnole commentée de la Materia Medica de Dioscoride. Cet ouvrage s’impose rapidement comme une référence et devient l’objet de nombreuses rééditions. Il s’agira d’analyser la vision politique et culturelle du monde que Laguna produit et, en particulier, de saisir l’image du monde ibérique, ​que sa traduction et ses commentaires façonnent et véhiculent. A partir d’une analyse qui s’appuie sur sa reconstruction de l’univers naturel et ​l’usage thérapeutique qu’il en fait,​ en étudiant les conditions matérielles et intellectuelles de production​ de l'œuvre, on souhaite s’interroger sur les modalités à travers lesquelles ​Laguna produit un savoir médical et naturaliste renouvelé. On prêtera une attention particulière à son système d’incorporation des informations qui circulent dans des milieux géographiques et sociaux différents auxquels il a accès, et à ses pratiques d’expérimentation et de collection.

  • Mardi 7 avril, 14h-17h, EHESS, bât. France, salle 3 (rdc), 190-198 av. de France, 75013 Paris

La médecine de la conversion: franciscains et augustins dans la Nouvelle-Espagne

Dans le cadre du séminaire d’Antonella Romano, Rafael Mandressi et Jean-Marc Besse, Savoirs et productions du monde au XVIe siècle : Lieux, acteurs, échelles

Dans le domaine du religieux, de même que dans d’autres, les échanges transatlantiques ne se sont pas produits en un seul sens (de l’Europe aux Amériques) ; l’expérience et les connaissances acquises dans le continent américain ont en revanche souvent circulé, avec une plus ou moins grande intensité, vers l’Europe. Oublier cette perspective conduit à voir ce qui se passe dans le Nouveau Monde comme étant toujours le résultat de la seule action coloniale : la réception passive des directives, des ordres ou des acteurs venus d’outre-Atlantique. Il en est de même pour la médecine, un domaine que l’on pourrait considérer, à tort, comme éloigné de celui de la religion. On insistera sur l’erreur qui consiste à croire à cet éloignement apparent. En effet, au cours des dernières années on a assisté à l’apparition d’intéressantes réflexions historiographiques sur l’intersection entre médecine et religion, qui présent un intérêt tout particulier pour donner un cadre à la discussion qu’on conduira dans ce séminaire sur le rôle joué par la médecine dans les processus de conversion de populations non européennes, en abordant le cas de la Nouvelle-Espagne. L’analyse proposée sera essentiellement fondée sur des sources concernant deux des trois ordres religieux en charge de la première évangélisation du territoire mésoaméricain : les franciscains et les augustins.

  • Mercredi 8 avril, 17h-19h, EHESS, bât. France, salle 2 (rdc), 190-198 av. de France, 75013 Paris

Empirisme et pluralisme dans la culture médicale de la Nouvelle-Espagne

Dans le cadre du séminaire de Rafael Mandressi et Anne Carol, Histoire de la médecine et des savoirs sur le corps

L’étude du pluralisme médical en contexte missionnaire a récemment été développée, grâce aux travaux d’Inés G. Županov, pour le cas du contact entre les portugais et le monde médical du sud-est asiatique. Ces travaux prenaient pour point de départ le constat de l’absence d’études antérieures sur les stratégies médicales des missionnaires catholiques en Inde à l’époque moderne. Županov abordait le cas des missionnaires jésuites en Asie, en montrant comment le « medical pluralism was a mixed blessing », une arme à double tranchant, qui d’un côté facilitait l’entrée des missionnaires dans le « local healing market », de l’autre il était perçu comme une menace pour le succès de la conversion, en faisant dès lors des efforts considérables pour limiter et standardiser les traitements médicaux qu’on s’attachait à dépouiller de leurs contenus culturels non chrétiens ou simplement à revêtir de contenus chrétiens. D’autre part, en 2005, Gianna Pomata et Nancy Siraisi ont dirigé un ouvrage collectif intitulé Historia: Empiricism and Erudition in Early Modern Europe, qui a également inspiré un projet mis en œuvre dès l’année suivante. Ce projet se proposait d’étudier l’émergence d’une culture médicale dans la Nouvelle-Espagne sur la base des deux concepts évoqués dans le titre de ce séminaire : empirisme et pluralisme. A l’heure de se pencher sur les manifestations de pluralisme médical dans la société de la Nouvelle-Espagne, il convient d’éviter une image réductionniste, qui limite le phénomène à la rencontre de deux systèmes médicaux, tous les deux unitaires et clos, sans tenir compte de la multiplicité des origines de cette pluralité. D’une part, la variété des pratiques culturelles autour de la préservation de la santé et du combat contre la maladie dans l’espace méso-américain préhispanique, qui était déjà une mosaïque culturelle vaste et complexe. D’autre part, le pluralisme médical existant dans la métropole, puisque l’expérience que les ecclésiastiques, les conquistadors et les colons avaient connue en Espagne était loin de constituer un modèle stable de système médical consolidé et hégémonique. Enfin, les nouveaux apports en matière de ressources thérapeutiques et de conceptions sur la santé ou la maladie qu’entraîna l’arrivée d’un grand contingent de population africaine, forcée à l’esclavage par les Européens, et, postérieurement et en nombre beaucoup plus réduit, de contingents d’origine asiatique et philippine.

  • Mardi 14 avril, 19h-21h, EHESS, 105 bd Raspail, 75006 Paris, salle 2